C’était un 8 mars.
Un samedi.
J’étais partie tôt le matin avec mon conjoint de l’époque. On avait rempli sa boite de pickup avec pas mal de stock pour passer du temps dehors.
On s’en allait dans le bois.
Rien d’anormal. Rien de bien différent de toutes les autres fois où on était parti avant.

Sauf que cette journée-là, on annonçait de la neige. Une bonne bordée. Rien pour me faire peur et m’enlever l’idée d’aller me balader en nature.

On ne s’attendait pas à la suite…

Après une magnifique journée à l’extérieur dans une activité de Grandeur Nature où il y avait pas loin d’une 50aine de personnes présentes au Boisée de Belle-Rivière à Mirabel, les conditions météo s’intensifient. Ce qui semblait être une petite neige se transforme peu à peu en espèce de blizzard. Le vent se lève et gronde, se fait sentir jusque dans les moindres petites craques de nos vêtements qui se soulèvent en une danse virevoltante. Les gens ont commencés à paniquer. Ils ont découvert un bâtiment de cabane à sucre qui pouvait recevoir quelques réfugiés, mais loin de la totalité des gens présents sur le terrain. Le vent augmentait toujours son intensité et avec la neige qui tombait c’était de plus en plus difficile de se mouvoir en forêt.

Avec ma petite bande, c’est-à-dire, mon ex, ma meilleure amie et son chum de l’époque, on se dit:  » On s’en va! On va laisser les gens être à l’abri ici et on va tenter de prendre la route pour retourner à Mtl. ».

Et quand je dis TENTER, c’est vraiment le bon mot!

La marche pour se rendre au pickup était déjà pénible, plusieurs autres groupes avaient aussi prit cette décision de quitter les lieux. Il faisait encore clair, mais le soir arrivait rapidement.

À la sortie du stationnement, c’est déjà le bouchon de circulation. La gratte n’arrive même pas à passer dans la route (qui est une route principale du secteur). Je vois des connaissances qui sont complètement prises dans des bancs de neige et la visibilité est nulle. Ils abandonnent leur véhicule et tentent de retourner vers la cabane à sucre.

Nous on part dans l’autre sens. La direction où personne ne veut aller. Ben oui!
La nuit tombe. Le vent est si fort que la neige ressemble à des milliers de petits rasoirs qui fouettent l’air. Le ciel est ROUGE. Des éclairs déchirent la noirceur. C’est tellement post-apocalyptique. On roule tellement doucement car des congères se forment dans la route. Avec le pickup on ouvre la voie pour le véhicule de mes amis qui est juste derrière. On se suit de très près pour ne pas se perdre.
Aucun véhicule de déneigement en vue…
On croise des bancs de neige accumulés qui sont si haut! C’est tellement impressionnant!
Dans un de ces bancs de neige, j’aperçois tout à coup de la lumière. Des phares qui sont sous la neige! Un véhicule est complètement enfoui. C’est surréel. D’autres véhicules sont abandonnés un peu partout, aucuns occupants en vue…

Dans ce décor de fin du monde, on s’arrête dans l’allée d’une maison. Nous n’avons jamais trouvé la route que nous voulions prendre pour retourner chez nous.
On stationne donc le pickup dans l’entrée, prit entre 2 énormes bancs de neige, on est presque à l’abri du vent. Mes amis sont encore dans le chemin, car il n’y a pas assez d’espace dans l’allée. Ma chum sort de son véhicule, le vent est si fort qu’on dirait presque qu’elle va s’envoler. On se concerte rapidement, car elle ne peut pas rester dehors avec les vents de 100km/h. La décision est prise, nous restons sur place et on va dégager le chemin au besoin. Nous sommes inquiet pour le véhicule qui est dans le chemin, mais pour le moment nous n’avons pas croisé d’autres personnes sur le route de toute façon.

Et c’est à ce moment que les événements dégénèrent. C’est quasi-incroyable, mais je vous jure que c’est bien vrai!
Des lumières jaillissent de la route. Un véhicule d’urgence fait son apparition. On dirait un blindé. Je n’ai jamais vu ça de ma vie. Un vrai TANK! Et les gars qui en sortent sont digne d’un film de science fiction, presque tout droit sorti de 20 000 lieux sous la mer. On nous fait signe de dégager la place rapidement. Je pense que les équipes d’urgence sont aussi surprise que nous de nous voir sur place. (Je tiens à rappeler à tous que les systèmes de téléphones cellulaires n’étaient pas aussi avancés qu’aujourd’hui et qu’on n’avais pas une seule ombre de signal, donc nous n’avions pas appelé les urgences). Mon chum va voir ce qu’il se passe.
L’homme dans la maison fait un infarctus et ils viennent pour le transporter à l’hôpital. C’est complètement fou! C’est quoi les chances?

On demande si on peut se faire escorter jusqu’à un endroit plus sécuritaire. On nous réponds qu’on peut suivre le véhicule, mais qu’ils ne vont pas ralentir pour nous attendre. C’est ce qu’on décide de faire. On prend toute les chances qui s’offrent à nous!
Donc, de retour sur la route…
On suit le  »tank ». Mais ça va vite… et à plusieurs reprise on pense le perdre de vue. Heureusement, je crois que malgré tout, il nous attendait légèrement.
On passe finalement par un village pas trop loin et on nous fait signe d’aller vers l’église.

On est à Ste-Scholastique, dans le fin fond d’un village que je ne connais pas, dans une église, c’est la nuit et je suis une réfugiée de la tempête du 8 mars. Nous sommes dans les premiers arrivés, car d’autres arriverons dans la nuit.

Dans cette église (encore une fois c’est incroyable), il y avait un bazar de prévu durant le weekend! Donc partout, il y a des boites de stock et quelques chaises sont disponibles, des sofas, quelques couvertures. Nous sommes bien réveillés et l’adrénaline est dans le piton! Une équipe de sauvetage se présente avec de nouveaux réfugiés. On le accueille. C’est rendu NOTRE refuge. On s’occupe de trouver de l’espace aux gens.
Dans chaque tempête, il y aura toujours des leaders pour prendre les devants dans les situations qui semblent tellement catastrophiques pour d’autres.

La tempête fait toujours rage dehors. Les vents s’engouffrent à l’intérieur à chaque fois que les portes s’ouvrent. Mon amie et moi prenons l’initiative de pelleter l’entrée de l’église pour faciliter le travail des sauveteurs qui s’acharnent dehors depuis des heures à trouver les gens qui sont perdus et en détresse. De plus en plus de gens arrivent, parfois de leurs véhicules escortés, parfois en petite tente portée par une motoneige car le véhicule est rendu enseveli.

Des gens ont faim. On décide d’aller au dépanneur en face de l’église. On achète du pain et du beurre d’arachides. Heureusement, dans la salle paroissiale,  il y a un petit espace cuisine et nous avons un four  »presque » fonctionnel. Tournée de toasts cuites sur un support plié pour tous!

Cette nuit-là, j’ai été en danger. J’ai aidé des gens à se sentir mieux dans des conditions qui n’étaient pas très bonnes. Il est toujours important de soutenir le moral des troupes dans ce genre de situation. Tout le monde est reparti, épuisé, mais vivant de cette fameuse tempête du 8 mars 2008.

On ne sait jamais quand on peut tomber en situation de survie.
Soyez prêts quand cela viendra.
Prenez le temps de faire des décisions réfléchies quand vous avez encore l’énergie pour le faire.
Et n’oubliez jamais que la force du groupe est toujours la meilleure.

Voici un lien pour un vidéo de la tempête, mais dans la région de Québec.
Tempête du 8 mars 2008

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s