La montagne est souvent impardonnable pour les aventuriers qui sont mal préparés ou qui prennent des risques inutiles et tous ceux qui font de la marche ou de l’escalade en milieu alpestre vous diront à quel point c’est une expérience grisante, mais qui comporte son lot de dangers.
J’ai toujours adoré marcher en forêt, particulièrement lorsque le défi est plus corsé dans un milieu escarpé. Mes aventures m’ont menées un peu partout au Canada, dans les Maritimes et en Écosse afin de parcourir les courbes de la Terre, contempler les paysages des plus hauts sommets de chacune de ces régions du monde. J’ai marché plus d’une fois sur le dos de l’écorce de la montagne Noire et de la montagne d’Argent, gravi le Mont St-Hilaire quand je venais à peine d’accoucher de mon 2eme garçon car j’avais si envie de me rapprocher du ciel pour nourrir mon enfant plus près du soleil!

En octobre 2017, lors du retour de notre roadtrip à Salem, mon amoureux et moi faisons une halte dans le parc national des White Mountains. C’était déjà la nuit. Les géantes recouvertes de silencieuses et majestueuses forêt m’ont lancées un défi. J’ai fait retentir cet appel haut et fort. Il nous fallait grimper le Mont Washington et ça pressait avant que l’hiver arrive. Je crois que je ne savais pas dans quoi je m’embarquais ce soir là… Un projet audacieux qui demandait pas mal de préparation, mais vous lirez à quel point il est possible de s’équiper à peu de frais pour ce genre d’expédition.

Nous avons donc fixé la date de notre départ au 17 novembre 2017. Juste assez de temps pour s’entrainer et s’équiper. Plus la date approchait et plus il me semblait que ce projet était un peu fou… Le Mont Washington ayant été le lieu de décès d’environ 150 personnes depuis le milieu des années 1800, détenant également pendant longtemps le record des vents les plus forts enregistrés (372km/h). Je ne sais pas si tu le sais, mais ça doit cogner pas rien qu’un peu ! En lisant sur des blogs de grimpeurs, j’ai lu toutes sortes d’histoires d’horreur sur des expéditions qui avaient mal tourné.
Nous étions conscients qu’à ce temps-là de l’année, il se pourrait également que les conditions soient trop difficile pour entreprendre l’ascension. On l’a tu regardé la météo vous pensez?

Étant nouvellement conjointe d’un merveilleux survivaliste, pas de niaisage en vue! Toutes les options de catastrophes en montagne avait été envisagées et analysées. Ça fait qu’on a décidé de grimper la montagne avec de l’équipement utilisé par les militaires! Pas de stock multicolore à plusieurs milliers de dollars des magasins de plein air! En tout et partout, incluant les vêtements de rechange, le stock de survie en cas d’urgence, la bouffe et l’équipement pour grimper, j’avais pas loin de 27 livres de sac à dos et mon amoureux, 50lbs!!!

Vendredi matin, on part! Temps nuageux. On avait regardé abusivement la météo comme toujours et la montagne venait de recevoir quelques centimètres de neige 2 jours auparavant, mais la température s’annonçait parfaite pour la montée. Voyage de 6h de route depuis Québec, on profite de notre roadtrip dans l’est des USA qu’on adore tous les deux! Les montagnes se profilent au loin et il me semble que ça va être l’aventure d’une vie!!! Arrivés sur le camp de base de la montagne, on n’avait pas de plan pour dormir! On a fini par se louer une chambre dans le complexe du camp. Il fallait que nous soyons prêts pour partir à 6h du matin, un peu avant la levée de l’astre solaire car la randonnée s’annonçait très longue!

Départ dans la lueur blanche qui tire peu à peu la montagne de son sommeil. Vêtus de plusieurs couches de vêtements, on entreprend la montée dans le sentier Tuckerman Ravine. Notre stratégie: déjeuner un peu plus haut sur le sentier et retirer des couches au fur et à mesure que la journée se réchauffe et qu’on commence à avoir trop chaud à cause de l’effort physique. On se fait dépasser par deux groupes qui vont faire de l’escalade sur glace. Ils sont vêtus comme des arc-en-ciel et portent très peu d’équipement, alors nous sommes plutôt lent à comparer d’eux.
Tout le long du Tuckerman Ravine nous voyons la majestueuse forêt qui s’étale dans sa grâce hivernale. Nous croisons plusieurs pistes d’animaux et nous prenons le temps de profiter de chaque moment de cette montée encore facile. Arrêt pour petit déjeuner. Rations militaires au menu!!! J’ai droit à un merveilleux burritos à la saucisse que mon amoureux tente de me faire chauffer dans le sac prévu à cet effet. J’ai trop faim… je le mange tiède! On est souriant et plein d’entrain! Je le regarde s’ouvrir un sachet de beurre d’arachides et l’ingurgiter tel quel! Euh! Non! Ark! Je lui mentionne que je ne mangerai JAMAIS de beurre de peanuts comme ça! Il rit en me disant: On verra!

RESPECT THE RAVINE est-il inscrit sur les pancartes que nous croisons. Facile de deviner pourquoi, malgré que le sentier soit plutôt facile pour le moment. Arrivés à mi-parcours de la distance aux Hermit Lake Shelter, pas grand monde ici… mais nous croisons quand même un duo de marcheurs qui font le même chemin que nous. Ils semblent nous trouver assez fou de trainer autant d’équipement et d’ailleurs mon sac commence à fichtrement me faire souffrir. Temps d’une pause pour bouffer des Advil et des M&M en admirant le paysage qui ressemble étrangement au Mordor! La forêt semble s’écarter pour laisser la place à des piles de rochers. Je pense que ça va commencer à se corser comme expérience.  Mon amoureux fait son chevalier et prend quelques trucs pour alléger mon sac ♥ et hop! On se lance dans la deuxième partie du sentier nommé le Lion’s Head.

Le sentier n’a pas encore été utilisé depuis la dernière neige tombée. Encourageant! Ça commence à monter sérieusement et nous sommes parfois presque coincés sur des surfaces totalement glacées qui donnent sur des ravins. Respect the ravine!! J’te crois! Pi j’te respecte. Le paysage est divinement majestueux. On est en train de gravir le plus haut somment de l’est de l’Amérique du Nord et on se sent vivant plus que jamais.

Le sentier du Lion’s Head laisse tranquillement les arbres rapetisser et laisser place à un sentier de rocaille avec quelques maigres arbustes qui s’accrochent à la vie dans ce milieu hostiles depuis des milliers d’années! Oh! Du thé du Labrador. Petite cueillette improvisées. Certains passages du sentier m’obligent à monter à quatre pattes tellement c’est abrupte. Tout à coup, il n’y a plus de végétation. Nous arrivons dans le royaume du sommet terrifiant du Mont Washington. Les crampons sont installés sur nos bottes d’armée. Merci au Surplus d’armée Pont Rouge pour la qualité d’équipements qui nous a permis de réaliser cette partie de notre périple. À ce moment, je suis quelques mètres en avance sur le chemin et j’arrive sur la tête du Lion avant mon amoureux. C’est comme si je m’étais fait rentrer dedans par un 10 roues. Le vent est si fort que je tombe presque à la renverse dans le sentier que je vient de gravir à genoux. C’est ça le Mont Washington. Une magnifique température et des vents de 100km/h qui veulent vous lancer dans le ravin. Hey! Respect the Ravine! Collation. Pause. On prend la décision stratégique de laisser nos gros sacs à dos dans les rochers du Lion’s Head et de prendre seulement le petit sac de survie pour continuer la montée. On se couvre de nos vêtements chaud et coupe-vent. On se croirait dans un monde post-apocalyptique. Rien ne pousse, que du lichen maigrichon et des cairns immenses battus par la fureur des vents.

C’est beau et terrifiant à la fois. Nous approchons du somment ultime. Mais les vents et le froid forment un duo malicieux qui nous ralenti. Certains passages de cette finale sont si difficiles à monter car la neige est très épaisse et nous devons ramper pour traverser des portions de montagne entière. Il n’y a plus que nous et les rochers. La beauté des arbres est si lointaine. La morsure du cocktail de froid/vent/soleil me brûle la peau. Nous marchons depuis maintenant plus de 6h. Partout autour de moi c’est le chaos de la puissance de la nature. Je goûte à la médecine de la montagne. Mes jambes ne me supportent plus. Chaque pas me fait souffrir. Mon amoureux le sait et il m’encourage doucement à me dépasser, à continuer, mais c’est la fin pour moi.

Ce jour-là j’ai trouvé ma limite. J’ai pleuré des larmes silencieuses à 10 minutes du sommet du Mont Washington. Des larmes qui ont gelées dans le vent. Des larmes de rage et d’accomplissement, parce que j’étais juste tellement fière d’être où j’étais à ce moment précis.
J’ai dis à mon amoureux qu’il pouvait continuer jusqu’en haut. Je me sentais comme dans un film de guerre où j’étais le héro qui meurt au combat! Il a refusé. Il est resté avec moi, dans mon choix de rester où j’étais et de vivre avec le fait que je m’étais rendu si loin et si près du but sans y toucher réellement. On s’est accoté sur un Cairn et on s’est ouvert une Brown Ale du Corsaire Microbrasserie. Parce que oui, on avait apporté une bière en offrande à la montagne! Nous l’avons savouré et nous sommes repartis rapidement car il restait seulement 3h de soleil pour la descente et que le chemin était toujours aussi glacé dans la passe du Lion’s Head.

La descente s’est bien déroulée. Mieux que je le croyais, malgré mon sentiment de défaite. Nous avons mangé dans les rochers du Lion’s Head les meilleures rations militaires que j’ai mangées de toute ma vie! Et j’ai fini par manger du beurre d’arachides directement du sachet! Et j’en ai même redemandé. Je suis folle de même!

Ce qui nous avait prit 6h de montée, nous a prit 4h de descente avec peu de paroles, accompagnés de ce sentiment puissant d’avoir combattus et dépassés nos limites, d’avoir partagés un moment intime dans la douleur et l’accomplissement.

Retour au camp de base. Achat de souvenirs. Pas encore de plan pour le dodo. Direction village adjacent à la montagne pour un repas bien mérité. Bière et pizza. On regarde tous les gens assis autour de nous qui ne se doute pas une seconde ce qu’on vient de vivre.

On a fini par dormir dans mon SUV dans un parking de Walmart! Toujours prêts pour l’aventure.

Life is easy when you don’t expect much. Just open your heart and be prepare to receive a lot. And RESPECT THE RAVINE!


 



 

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2 réponses sur « Toucher le ciel »

    1. Merci Jason. Ça m’a prit du temps à l’accepter. Heureusement, j’ai un amoureux qui est capable de me gérer dans ce genre de situation et je lui ai donné finalement raison sur le point que peu de femmes auraient fait seulement la moitié de cette ascension dans ces conditions.
      On va se reprendre en été pour aller au top 🙂

      J'aime

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