Traverser à froid et s’écraser mentalement épuisée.
S’en sortir avec l’aide de la médication.
Moi, l’herboriste, la femme solide et celle qui n’a jamais consommé ne serait-ce qu’une seule ‘’puff’’ de joint. Cette réflexion en apparence étriquée m’est venue après une conversation très intéressante avec l’une des membres de mon équipe. Sur le destin, nos parcours, notre héritage familial, la somme de nos enfances et adolescence, et les enseignements compris, ou pas. Faire la somme de ce que nous sommes, de manière un peu sommaire mais intéressante.

Un peu fabulatrices, nous avons fait des suppositions et des scénarios, bref, nous en sommes venues à la conclusion que j’étais passée au travers une enfance pas rose du tout (maman aux prises avec la maladie mentale, un papa dealer), une violente agression sexuelle à l’époque pré-pubère, et d’autres épines, à froid. Oui, à froid, car avant la résilience il y a eu beaucoup de quêtes. De guérisons. De guerres, de victoires et de défaites.

C’est ni mieux, ni pire qu’un autre chemin. Moi, mes drogues, c’étaient les livres et le bénévolat. Je m’y suis enfoncée joyeusement et dès mes 7 ans pour les livres et, 12 ans pour le bénévolat. Le second m’a nourrie, façonnée et fait grandir. Parfois trop vite, mais qu’était-ce en regard des coups de pieds au cul de ma propre vie pas très rose? Je m’y suis donnée et perdue, avant de m’être trouvée. Ou à tout le moins, j’y ai trouvé quelques morceaux, mais également enfouis, plusieurs autres.

Les drogues ne m’intéressaient pas. Je n’avais qu’à tendre la main et j’aurais pu. Je n’avais pas peur. J’avais cependant vus les ravages qu’elles pouvaient faire. Et je n’avais aucune intention de perdre le contrôle. Je ne pouvais pas faire cela à mon petit frère et ma petite sœur. J’avais des responsabilités, et je ne pouvais pas.

Ça ne faisait pas de moi une sainte ou une héroïne. Bref j’ai continué ma vie sans engourdir, geler ou fumer mes douleurs et mon histoire.

Cependant, je ne me suis jamais arrêtée non plus pour vivre certaines choses. J’ai guéri certaines choses, mais certaines blessures je les ai portées vives trop longtemps et, éventuellement, la maladie mentale m’a frappée à mon tour.

Pour moi la médication c’était pour les autres. Les autres c’était ok. Une forme de drogue sous contrôle dont certains avaient besoin, et je ne jugeais pas. Me concernant, ça me révulsait, et me faisait… peur. Ça me terrorisait, mais je l’ignorais et je ne comprenais pas.
Pas encore.

J’avais la trouille au fond, de rester accrochée. De ne plus pouvoir vivre sans. J’ai résisté autant que j’ai pu, plus ou moins consciemment, jusqu’à ce que les choses, dont le contrôle, m’échappent de toute manière, pilules ou pas. J’ai perdu ma tête, mon Nord, mon âme s’est embrouillée, et mon quotidien est devenu de plus en plus lourd. Les larmes et la mort, de plus en plus présents. Ma mort. Je voulais mourir, et ça me rongeait.

Bref…

C’est comme une enfant en larmes à qui l’on demande de prendre un médicament qui goûte pas bon, mais qui n’a pas le choix. Comme un supplice obligé, mais je ne pouvais plus lutter. Ce qui me restait de lucidité fuyante et vacillante, à accepter.

Première médication médiocre qui a empiré mon état précaire… amplifiant certains comportements. Et enfin, une psychiatre qui a fait une différence, et des médicaments qui ont gelé mes idées de mort et mes larmes. C’était un gros break de moi-même. Il y a eu 9 mois accompagné que je fus par ces pilules. Sans elles, je n’y serais sans doute pas parvenue.

Après neuf mois je leur ai dit bye-bye et plus jamais je n’y ai retouché. J’avais besoin de me sentir et non plus d’être gelée et coupée de moi. Je le sentais. Et j’ai pu recommencer à vivre. Apprendre la vie avec une nouvelle peau, un peu comme une renaissance.

Rétrospectivement, ce fut une très bonne chose. Horrible et pas évidente, mais j’ai arrêté de courir, de vivre à froid. J’ai fait une prise de conscience, j’ai embrassé ma vie, vécu des guérisons. Fermé des portes pour en ouvrir d’autres. Je suis née de nouveau et j’ai réappris beaucoup de choses.

J’ai peut-être vécu ma vie à froid, mais un jour ou l’autre, même sans drogues, révolte ou alcool ou délinquance… on doit se regarder en face. On n’échappe pas à nos blessures profondes. Même en étant ‘’sage comme une image’’. On n’efface rien en ayant une vie aussi heureuse soit-elle. En évitant certains pièges, on tombe dans d’autres. L’important, c’est de tomber et, pas simplement de se remettre à courir, mais aussi et avant tout, de prendre le temps de soigner nos blessures avant de reprendre la course.

On tombe, on apprend, on grandit/guérit, et on se relève. Depuis, j’assume et j’identifie mes peurs. Je les apprivoise, les confronte et les défie. La seule qui s’accroche à ce jour; ma peur de prendre le volant. Aussi bête et gênante soit-elle, j’ai essayé par trois fois. Pour le moment, elle dort. Un jour, j’essaierai de nouveau de la dépasser. Pour le moment, j’ai les mains pleines d’autres défis.

Tous ces mots et ces tranches de vie en rafale, simplement pour dire, que l’on peut survivre pratiquement à tout mais, choisir de vivre, c’est totalement autre chose. Et tellement incroyablement, beau et libérateur.
J’ai traversé une grande part de ma vie à froid, puis neuf mois gelée et maintenant, je vis. Simplement.
Tous les chemins sont possibles, qui mènent vers la vie toute simple, et heureuse.
Suffit de retrouver le chemin vers soi.

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